Collaborer étroitement avec Antoine Pereniguez et le cinéma Diagonal nous paraissait déterminant pour un festival qui invite des artistes très inspirés par le
cinéma. En éditant conjointement notre programme, nous avons voulu associer l’image du festival Hybrides au cinéma art et essai que défend le Diagonal, estimant que, l’un et l’autre, nous
promouvions une culture populaire curieuse de l’autre, du monde qui nous entoure, d’artistes qui cherchent de nouveaux moyens pour fabriquer du théâtre.
|
Tout commence par un plan serré sur un jeune homme qui donne des coups
de haches dans un arbre. Cette séquence nous attrape à la gorge et, déjà, tout nous est donné. L’histoire comme l’univers sensible dans lequel veut nous emporter Philippe
Grandrieux.
Nous comprenons par ce premier plan que le réalisateur ne nous en dira pas beaucoup plus… Ce jeune garçon endure, il est seul, sa tâche est laborieuse. Nous sommes avec lui, avec le film (celui qui filme et qui est filmé).
|
|
|
Parfois même, nous sommes dedans, comme si nous étions immergés dans un
liquide. Nous avons alors le besoin de reprendre notre souffle, de se retrouver à l’extérieur. C’est dans cet aller et venue que se construit notre place de spectateur. Tout est si
formel et pourtant si sensible dans la manière de construire son film: le cadre, le tremblement de la caméra, le travail de la lumière. L’image ne s’expose pas, elle avoue son
incapacité à appréhender le réel dans sa totalité. Elle caresse, empoigne cette nature qui lui échappe.
Comme dans ses précédents opus, Grandrieux nous présente des personnages
en marge du monde mais à la grande différence de Sombre, ou Une Nouvelle Vie, la puissance de son cinéma n’est pas au service du sordide. Un lac n’est pas une
comédie, loin de là, mais ce n’est ni de viols ni d’humiliations dont il nous parle ici, mais, d’une famille face à la nature, dans la confrontation du minuscule de l’intime (il ne nous
donne presque jamais à voir les corps dans leur totalité) à l’immensité du cadre (la montagne enneigée qui par la violence de sa lumière brûle la pellicule).
|
|
|
|
Si Un lac est un film, et non pas qu’une suite de magnifiques
tableaux, c’est par l’importance de l’univers sonore et comment celui-ci magnifie les images. Tout est musique : les respirations des personnages, le crissement des pas dans la
neige, le vent dans les sapins, l’étourdissant silence de la montagne. Ne nous trompons pas, ce n’est pas la réalité que nous entendons (il ne recherche jamais le vrai) mais une
appréhension fantasmatique (nous pensons là encore beaucoup au travail de David Lynch). Si Grandrieux nous perd dans sa montagne, c’est qu’elle est totalement réinventée,
sublimée.
|
|
Nous sommes très heureux que ce film lance Hybrides car si Grandrieux avait choisi
la scène pour s’exprimer, nous aurions été très fiers de l’accueillir. Son cinéma ressemble au théâtre que nous voulons montrer au public montpelliérain. Un art sensible, qui parle
autant à nos yeux, nos oreilles, qu’à notre imaginaire. Son premier film, Sombre, a longtemps habité mon imaginaire et certains de mes spectacles. Souhaitons
que ce lac soit une source d’émancipation pour chacun.
Julien Bouffier
|
|
Derniers Commentaires