Fabrice Murgia

Le chagrin des Ogres

Mardi 27 mars
21h
Théâtre Jean Vilar

Mercredi 28 mars
19h
Théâtre Jean Vilar

A 29 ans, Fabrice Murgia est le jeune prodige de la scène théâtrale belge, à la fois auteur, metteur en scène et acteur. Son premier spectacle, que nous présentons ici, a remporté le prix du jury du Festival Impatience en 2010. Depuis il enchaîne les succès sur les grandes scènes européennes.
Grâce à un langage personnel nourri de nouvelles technologies, il crée un théâtre émouvant au service d’histoires intimes auquel le spectateur ne peut rester insensible.
Le Chagrin des ogres, c’est le récit d’une journée au cours de laquelle des enfants vont cesser d’être des enfants. Le témoignage de Bastian Bosse, 17 ans, qui a préféré mourir le 20 novembre 2006 après avoir tiré dans son lycée. Le rêve de Laetitia qui a grandi dans la peur, et qui est en train de se réveiller sur son lit d’hôpital. Leur tentative de fuir dans un imaginaire formaté par nos nouvelles manières de communiquer. Le désespoir de ceux qui hurlent à l’aide, sans que l’on sache réellement lesquels d’entre eux détiennent des rêves et des bombes pour se venger de ceux qui ne les entendent pas. Le Chagrin des ogres, c’est notre façon d’enterrer notre enfance.

« La grâce du dépouillement… et l’on entre mystérieusement dans ces fragiles royaumes de l’enfance que si peu d’artistes savent retrouver. Comment raconter, témoigner de l’enfance, s’interrogent ici metteur en scène et comédiens avec une grâce troublante. La question est lancinante. Et les interprètes d’autant plus bouleversants que leur jeu est léger, presque drôle. Ils n’ont pas fini de nous hanter. Qu’avons-nous fait de notre enfance ? Et que faire de son enfance ? L’oublier, la dépasser ? Ou la retenir, sans cesse la ré-écouter ? »

Fabienne Pascaud, journaliste et directrice de la rédaction Télérama, juillet 2010

Début du spectacle

Le visage décomposé d’une mère. Ses larmes. Elle caresse la main de sa fille. Sa fille est dans le coma. La mère sèche ses larmes.
DOLORES : « Mesdames et messieurs, bonsoir. Ce soir, ne cherchez surtout pas à distinguer le vrai du faux. Car quoi qu’il arrive ce soir, retenez que tout est réel.
Retenez que tout est réinventé et que c’est la raison pour laquelle tout cela est réel. Je suis réelle parce que tout ce qui peut être imaginé est réel. Comme par exemple un cauchemar peut être réel. Un cauchemar en commun. Un cauchemar que chacun d’entre nous écrit, ou aurait pu écrire un jour de sa vie. Un jour de sa vie où sa révolte aurait caché la réalité. C’est le cauchemar d’un enfant. Le cauchemar d’un enfant qui est mort. Peut-être le cauchemar de votre voisin ou de votre voisine qui est mort. Le cauchemar d’un enfant qui n’a pas eu la force d’enterrer son enfance et qui a préféré mourir. Le jour ou les autres enfants ont cessé d’être des enfants, cet enfant-là a préféré mourir. L’enfant, est mort parce que tout va trop vite et qu’il n’a pas fait confiance au temps, qui aurait changé sa façon de voir, sa manière de haïr, et son besoin d’être écouté. L’enfant est mort parce qu’il n’a pas fait confiance au temps qui lui aurait simplement appris qu’il était mortel. Parce que l’enfant à cette force de ne pas toujours savoir. Cette force de ne pas toujours savoir qu’il va mourir de toute façon un jour ou l’autre. Et l’enfant ne veut pas toujours croire qu’il ne peut rien changer. L’enfant est révolté. Et sa révolte, mesdames et messieurs, était plus forte le jour où « il » ou « elle » a oublié la réalité. Sa révolte était plus forte que la réalité.
On essaye souvent de retrouver l’enfant qui est en soi. Et ça c’est possible. Mais c’est l’adolescent qui est mort. L’adolescent qui est en soi. Et avec lui est morte la conviction. Celle qui nous donne la force de croire (et croire pour de vrai) qu’on peut tout changer. N’importe quand.
Mesdames et messieurs, à votre voisin ou votre voisine qui n’a pas eu la force d’enterrer son enfance, et qui est mort. Mesdames et messieurs, bonsoir. »

Texte et mise en scène Fabrice Murgia
Interprétation Emilie Hermans, David Murgia, Laura Sépul
Scénographie François Lefebvre
Création vidéo Jean-François Ravagnan
Costumes Marie-Hèlène Balau
Assistante à la mise en scène Catherine Hance
Régisseur général Michel Ransbotyn
Régie lumière Jody Deneef
Régie vidéo Matthieu Bourdon
Régie son Maxime Glaude
Le texte est publié par les Editions Hayez dans la collection Hayez et Lansman
Production Théâtre National de la Communauté française / Bruxelles en collaboration avec la Compagnie Artara, le Festival de Liège et Théâtre et publics
Avec le soutien de l’Onda, Office national de diffusion artistique
Avec le soutien de l'agence Wallonie-Bruxelles Théâtre/Danse
Parcours d’artiste avec le Printemps des comédiens

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