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Soupçons

Le fait divers
L'histoire se passe en Caroline du Nord. En décembre 2001, une femme est retrouvée morte en bas de l’escalier de son manoir. Son mari, Michael Peterson, écrivain connu et militaire de carrière à la retraite, est aussitôt accusé de meurtre. L’enquête révèle rapidement les faces cachées de sa vie, qui vont devenir des éléments cruciaux à son encontre. A l'issue d’un procès spectaculaire, long de cinq mois, Peterson est déclaré coupable par le jury populaire, et est condamné à l'emprisonnement à perpétuité. Malgré plusieurs appels de son avocat et une nouvelle thèse élaborée par un groupe de soutien à l’écrivain, l’affaire semble désormais close.

Le film
Jean-Xavier de Lestrade, réalisateur français, est spécialisé dans les films documentaires portant sur la justice. Soupçons (The Staircase, titre original) 1 est construit comme un véritable thriller qui souligne les rebondissements et le suspens de l’enquête et est découpé en huit épisodes. Dans une succession de séquences, de Lestrade nous invite à découvrir la construction des thèses de la défense, à comprendre la logique de l’accusation, nous plonge dans le quotidien de la famille Peterson, et met en évidence la récupération commerciale de l’affaire par les médias. Le film est un document complexe sur le fonctionnement de la justice américaine.

Du documentaire à la scène

En abordant le film de Jean-Xavier de Lestrade, nous poursuivons notre recherche autour de textes non théâtraux. Travailler sur des langages qui ne sont pas pensés pour la scène nous oblige à réfléchir sur la particularité de chaque médium. Les séquences cinématographiques, la durée du film (6 h.), les témoignages, sont des obstacles aux situations scéniques fondées sur les non-dits. Nous procédons donc à une nécessaire adaptation, qui rend passionnante la confrontation entre la logique du cinéma et celle du théâtre. Une matière unique à explorer, un matériau qui questionne notre métier et nous pousse à trouver des solutions scéniques jamais encore vues ou éprouvées, sans qu’aucune réponse ne soit donnée d’avance.
A travers le documentaire, nous interrogeons le rapport entre la réalité et la fiction : bien que « réels », les faits rapportés dans le procès apparaissent comme une construction dont la vérité échappe à mesure que le film avance. Le procès est la reconstitution d’une vie ; le documentaire est la reconstitution d’un procès ; et le spectacle, par la fiction, est une réflexion sur la part de vérité qui guide nos existences.
Tous les comédiens et musiciens sont sur scène. Ensemble, ils racontent une histoire, Soupçons, celle d’un homme qui passe d’une vie ordinaire à la destitution sociale. Les comédiens forment un chœur, celui des citoyens, témoins de cette affaire. Et ils prennent les rôles de la fable. Cependant, même si chacun a un personnage déterminé, tous sont susceptibles d’incarner des identités multiples, pour montrer la relativité de notre point de vue. Et si nous pouvions passer, au détour d’une scène, du camp de la défense à celui de l’accusation ?