Sensations, émotions

Rappelez-vous, c'était le 2 octobre, le premier rendez-vous. Nous vous demandions de nous écrire, de nous laisser des messages téléphonique, de dessiner, etc. De vous exprimer sur les rendez-vous de cette aventure à laquelle nous avions choisi de vous convier.
Tout ce que vous nous avez envoyé est publié ici. Merci de vos contributions, riches et nombreuses.

Après le 1er rendez-vous

vendredi 2 octobre 2009, 18h30 au Théâtre des Treize Vents,
Rencontre conviviale avec tous les participants et les partenaires de l’Aventure
Répétition [théâtre] – Hiroshima mon amour de Marguerite Duras mise en scène Julien Bouffier, cie Adesso e sempre
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Après le 2ème rendez-vous
Vendredi 6 novembre, 19h - création La Haine de la pensée [théâtre]
Mise en scène Bernard  Guittet - Cie Les Murs d’Aurelle
La Chapelle, Montpellier
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Après les 3ème et 4ème rendez-vous
Mercredi 2 décembre, 20h30 - The other side [Concert/performance audiovisuelle]
de Cartesian lover proposé par Kawenga Au Trioletto
et
Samedi 5 décembre, 20h - Performance autour du rituel [danse]
Performance de Frans Poestra et Robert Steijn
Centre Chorégraphique National
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Et aussi : Les compte-rendu de Christophe Caffier : cliquez ici

Et encore : Lettre d'un spectateur anonyme

Le mardi 26 janvier 2010.
C'est moi. C'est moi le spectateur anonyme qui hante vos boîtes ouvertes au monde. C'est moi qui m'amuse à ponctuer nos rendez-vous de distractions, de points de vue, points de chute, de pensées vagabondes, de réflexions esthétiques...
C'est moi qui me contrains à entrer dans votre proposition. Proposition de laisser la parole aux spectateurs, de nous « former » pour le bien de la société, pour une meilleure marche de ce monde, pour remplir vos théâtres, vos structures artistiques, vos festivals, de publics conquis et d'abonnés émerveillés.
C'est vous qui avez commencé. C'est vous qui avez émis le souhait d'une sorte de jeu participatif. C'est vous qui avez exprimé une envie, un besoin de « retours de spectateurs ».
Alors je pose la question de vos attentes, de vos objectifs, de la finalité de cet exercice...
Qu'est-ce qu'un retour de spectateur? Qu'est-ce qu'un BON retour de spectateur? Une vieille dame qui, souriante et chaleureuse, vous attrape par l'épaule à votre sortie des coulisses pour vous féliciter pour la poésie de votre fabuleuse mise en scène. Peut être vos amis qui suivent le travail depuis le début et qui, par leur connaissance de l'art, vont vous faire évoluer dans votre création. Un vieux prof de français à la retraite qui pendant la rencontre après le spectacle va dire (encore) : « mais.... le sens dans tout ça? Je veux dire... moi, à mon époque... Vitez, le texte, l'intelligence du texte... Bon, je veux dire... C'est sympathique votre actrice qui se traîne dans des cartons... Mais... Le sens dans tout ça... Je veux dire... ». Un confrère qui vous regarde au bar, un verre de vin à la main, en vous saluant d'un hochement de tête complice. Un mail d'une spectatrice inconnue, ou presque, qui vous explique que c'est bien sympa de faire des répétitions pour le public, mais que vous n'en avez pas tenu compte de ce public, et que ça l'a gênée, elle, de ne pas vous entendre parler. Une étudiante au conservatoire de théâtre qui vous saute dessus (au sens propre ou au sens figuré) en vous disant que : « c'est vraiment fantastique votre travail, complètement délirant, profondément novateur. Et que le travail d'acteur... ah le travail d'acteur... » parce qu'elle rêve secrètement de travailler avec vous et que vous l'avez compris. Votre famille venu voir le travail et qui est très fière de vous.
Est-ce qu'un retour de spectateur doit être utile, efficace, ayant un effet sur l'artiste? Qu'est-ce qu'un retour qui déplace? Est-ce qu'un retour doit déplacer? Intriguer? Éberluer? Choquer? Encourager? Ou est-ce qu'un retour de spectateur est une trace, quelque chose que l'on va pouvoir garder pour témoigner que ce qui s'est passé là, ensemble, a bien eu lieu?
Un retour de spectateur, c'est très intime. C'est se livrer beaucoup. Dire ce qui nous touche. Ce qui ne nous touche pas. Un retour de spectateur, c'est se déplacer, se déterritorialiser , réfléchir à ce que l'on a vu, synthétiser, analyser parfois. Tordre son regard pour nous obliger à regarder ailleurs. Un retour de spectateur, c'est beaucoup.
Je ne sais pas si on peut analyser, comprendre, réfuter, ou apprécier un retour de spectateur. Je ne crois pas que l'artiste peut répondre à un retour de spectateur. Ou s'il répond, c'est aussi pour se mettre en danger lui-même. Se confronter à un autre regard, un regard si étranger et si intime sur son travail.
Est-ce qu'on peut attendre d'un spectateur de se mettre en danger, de prendre des risques, si l'artiste, le médiateur n'en prennent pas? Est-ce qu'un artiste, un médiateur ne doivent pas également prendre des risques sur leurs pratiques, leur pratique artistique, leur pratique de médiation, leur relation au monde et à l'art. A l'importance de l'art dans la relation au monde.
Un retour de spectateur, c'est avant tout intéressant pour lui. C'est une utopie de penser qu'il le fait pour vous. Il le fait et cela lui permet de prendre acte de ce qu'il perçoit d'une oeuvre d'art. Comme c'est utopique de dire qu'un artiste crée une oeuvre pour le spectateur. Ce qui n'empêche pas au spectateur comme à l'artiste de se poser la question de l'adresse. On n'écrit pas sur une île déserte disait bien la vieille.
Un spectateur anonyme.