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Chartreuse
Les Journaux du Tinel
Dans la semaine qui précédait le festival, toutes les troupes
présentes s'étaient retrouvées à la Chartreuse de Villeneuve-Lez-Avignon pour une résidence "sonde" de recherche, concrétisée par des "JT", moments de recherche ouverts au public
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jeudi 26 mars 2009 Le 20h
vendredi 27 mars Le Journal de 7h / Le 13h / Le 20h / Le Journal de minuit
samedi 28 mars Le 13h / Le 20h
Au Centre National des Ecritures Scénique - La Chartreuse de Villeneuve-Lez-Avignon
Avec les auteurs : Jacques Albert, Eli Commins, Franck Meyrous, Frédéric Vossier
Les regards extérieurs de : Jean Cristofol (philosophe, professeur à l’école d’art d’Aix-en-Provence), Jean-Pierre Han (journaliste, critique dramatique et littéraire, rédacteur en chef des revues Frictions et Lettres françaises), Florence March (Maître de Conférences Théâtre anglophone Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse UMR 5186 CNRS/Université Montpellier III) et Rodolfo Sacchetini, écrivain italien.
Collaborateur invité : Jean Marc Adolphe, rédacteur en chef de la revue Mouvement
Les compagnies :
Adesso e Sempre avec Julien Bouffier (metteur en scène et directeur de la compagnie), Vanessa Liautey (actrice), Marc Baylet (acteur), Laurent Rojol (vidéaste), Emmanuelle Debeusscher (scénographe) et Fanny Rudelle comédienne de la troupe permanente du Théâtre des Treize Vents.
Motus avec Enrico Casagrande (metteur en scène), Daniela Nicolò (metteur en scène), Silvia Calderoni (actrice), Francesco Borghesi (vidéaste)
Ouvre le chien avec Renaud Cojo
GdRA avec Christophe Rulhes (auteur et musicien), Sébastien Barrier (acteur), Julien Cassier (acteur et chorégraphe)
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Le Centre national des écritures du spectacle propose de lancer des dynamiques collectives de réflexion et d’expérimentation qui, à la manière de sondes, sont appelées à être des agents d’exploration des conditions contemporaines de la création pour la scène.
Mc Luhan, grand spécialiste des médias, auteur de La galaxie Gutenberg et de Pour comprendre les médias, envisageait le théâtre comme une « multisonde » explorant de manière incomparable, par sa capacité à combiner plusieurs médias, du jeu de l’acteur aux arts visuels, de la musique à la danse, son environnement culturel, médiatique et technologique.
Nous vivons aujourd’hui simultanément aux frontières de diverses cultures, dans l’interaction permanente avec plusieurs environnements, en lien avec de multiples technologies, médias, supports. En explorant les conditions contemporaines de la scène, il s’agit de re-questionner la place spécifique et irréductible du spectacle vivant. Même si celui-ci se déplace, dans des environnements tels que la télévision, internet… indissociablement culturels, médiatiques et technologiques et qui modifient en profondeur les comportements des spectateurs (devenus aussi téléspectateurs et internautes).
Le travail de recherche élaboré avec les artistes d’HYBRIDES en résidence au CNES fera l’objet de deux « sondes », l’une à la Chartreuse pendant le temps de résidence et la deuxième pendant le festival à Montpellier. |
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« Quand la presse restructurée par le télégraphe, s’est mise à jouer de tout le clavier de l’intérêt des humains pour leurs semblables, le journal a tué le théâtre » constate Mc Luhan. Un constat qui permet de mieux saisir la préoccupation de Piscator, grand réformateur du théâtre du début du XXe siècle, qui appelait de ses voeux un théâtre qui puisse être aussi actuel que le journal : «Le théâtre demeurait sans cesse en retard sur le journal, il n’était pas assez actuel, il n’intervenait pas assez dans l’immédiat, il était une forme d’art figée, déterminée à l’avance, limitée dans ses effets » constate-t-il dans Le Théâtre politique. Le point de départ de cette sonde est de reprendre ce questionnement en le confrontant à notre environnement en réseau, interconnecté, produisant des flux permanents d'information.
Cette approche détermine un contexte d’expérimentation pour l’ensemble des participants, metteurs en scène programmés par le festival Hybrides et auteurs invités à la Chartreuse, qui se relaieront pendant 48 heures non-stop, pour proposer au public, à l’heure des journaux télévisés un rapport spécifique du théâtre à l’actualité. L’enjeu dramaturgique est d’expérimenter théâtralement une confrontation directe avec le « temps réel » de l’actualité du monde, en plaçant le théâtre, art de la fabrication de l’espace et du temps, à la fois dans un espace infiniment dilaté et dans un temps compressé.
Selon le principe général des Sondes, le contexte d’expérimentation s’accompagnera d’un regard dramaturgique et théorique sur la proposition des artistes et des auteurs ainsi que sur les enjeux artistiques et culturels que cela soulève.
La sonde trouvera une prolongation à Montpellier dans le cadre du festival Hybrides, où les compagnies présenteront chacune leur spectacle et donneront à voir la suite du processus amorcé dans nos murs. La Chartreuse collabore enfin à une rencontre professionnelle qui se tiendra le 3 avril sur le spectateur.
Franck Bauchard
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I. Quelques extraits ou résumés (non mis en forme) de la pensée de McLuhan concernant le théâtre et la presse.
Entre [ ], remarques personnelles. Ai laissé quelques notes marginales encadrées.
1. Dans Pour Comprendre les Médias (PCM) (1964)
"Quand la presse, restructurée par le télégraphe, s'est mise à jouer de tout le clavier de l'intérêt des humains pour leurs semblables, le journal a tué le théâtre exactement comme la télévision allait grièvement toucher le cinéma et les boîtes de nuit." Shaw a mis le journal sur les tréteaux et utilisé au théâtre, comme Dickens l'avait fait dans le roman, les controverses chères aux journaux et leur façon de s'intéresser à tout ce qui est humain. "Le cinéma a remplacé le roman, le journal et le théâtre à la fois". (PCM, p.73-74)
2. Dans Mutations 90 (M90) (1969)
"Lorsque le télégraphe devint un instrument du journaliste, on s'aperçut rapidement que l'ensemble de l'information instantanée ne supportait plus de fil conducteur" (M90, p.88). C'est pourquoi le seul facteur d'unité d'un quotidien est sa date !
"L'homme, le chasseur [le nouvel homme électronique] est un homme qui passe des frontières et qui essaie de traiter avec l'environnement humain total, considéré dans son unité" (M90, p.102). D'où l'importance du journaliste. L'homme actuel a besoin du flot continue des informations bonnes que les dépêches ponctuent de mauvaises.
3. Dans Du Cliché à l'Archétype (CA) (1970)
Jusqu'au 19e s., le livre est réconfortant (livre de la nature ou livre des Écritures). Puis apparaît le journal et ses mauvaises nouvelles. [Marx, journaliste]. Le conflit entre Livre de la nature / Écritures se meut en conflit livre / journal quotidien, lequel invente la perception collective. Retour au passé collectif et tribal. Le journal supplante le livre dans son rôle de sonde. Ulysse de Joyce = épopée du fait divers.
4.1. Article "Mythe et media" (Myth and Mass Media) (1959)
"C'est l'instantanéité de l'information, inséparable des media électroniques qui confère à la nouvelle culture sa forme auditive. Depuis l'invention du télégraphe, les pages du journal ont délibérément adopté le ton du langage parlé et ce n'est plus que par accident qu'elles revêtent une forme linéaire, littéraire. Chaque article se cantonne dans un monde autonome, sans lien aucun avec les autres si ce n'est la date du journal ; l'assemblage de tous ces articles constitue une sorte d'image globale où l'on fait large part au montage et à la surimpressionn mais où l'espace pictural et la perspective font généralement défaut. C'est que l'information électronique, de même que l'espace acoustique, assument du fait de son caractère simultané, toutes les dimensions de son champ d'action." (OO, MM, p.103)
4.2. Article "Toutes les réponses sont au dehors, ce sont les questions qu'il faut élaborer dans les salles de
classe"(TRD) (1970)
"Au cours de l'élaboration et du reportage des nouvelles, l'étendue des services utilisés pour réunir et interpréter ces données tend à dépasser les événements qui en font l'objet, et la "fabrication" des nouvelles acquiert beaucoup plus d'importance que les nouvelles elles-mêmes" (OO, RMR, p.189)
La presse écrite s'intéresse à ce qui s'est passé. Les nouvelles transmises par la TV sont plus proches de ce qui est en train de se passer. (OO, SN, p.133).
À noter : Théorie selon laquelle le public est le contenu du message.
L'usager d'un medium ou d'une technologie en est le contenu (PCM).
L'automobile est le contenu de la route sur laquelle elle roule et qu'elle
utilise. [Condition d'existence définit le contenu. Conception spinoziste (et bergsonienne) de l'essence]
Processus identique pour l'hybridation. Lorsque l'imprimé utilise le
manuscrit ou que la TV se sert du cinéma ou que l'écrit emprunte la voix humaine. "Cette sorte d'hybridation où l'un porte l'autre engendre une nouvelle alchimie, celles des images parlantes
et des voitures sans chevaux" (OO, SN, p.139).
Être le contenu = endosser. Théorie selon laquelle le public est le contenu du message = Théorie du spectateur qui endosse le medium. Le téléspectateur est le studio, il endosse le medium. Le lecteur est le contenu du poème ou du langage dont il se sert ; pour utiliser n'importe laquelle de ces formes, il doit littéralement "les endosser, les revêtir".
1) mutation du hardware en software, c'est-à-dire de l'objet en information
2) renversement de la centralisation en décentralisation
Chaque compagnie travaille à sa mise en scène pendant la semaine du 23 au 29 mars. Les auteurs écrivains assistent à ces travaux et relèvent ce qu'il s'y passe, comme s'ils devaient rédiger un article de journal. Pendant qu'il prend des notes "en temps réel" (de ce qui se passe sur la scène), la conscience de l'auteur est "parasitée" par des informations venant de l'internet (information continue). L'écrivain-auteur peut alors insérer à tout moment l'information nouvelle dans le récit en cours. Ce nosation et centralisation scolaire : échec.
a- La reprise : l'information est la reprise (et la traduction) dans un medium d'une information provenant d'un autre medium. (Hybridation). Elle devient alors une nouvelle information.
Ici : passage de l'internet à l'écrit puis de l'écrit à la scène puis de la scène à l'écrit, etc…Structure non hiérarchique et dynamique. Soulève la question de la fabrication d'un "événement".
b- La temporalité
La reprise soulève la question de la temporalité. La possibilité de faire vivre l'information selon plusieurs temporalités ; leur succession rend tangible la temporalité de notre propre existence. Ou plutôt la rend tangible d'une certaine manière, de telle sorte que notre existence soit toujours connectée. Fonction idéologique de l'information en continu.
Cf. Dissimulées et sa triple temporalité :
- le monde archivé (le monde, journal quotidien à une date fixe ou sur internet, le monde.fr par une capture
d'écran à un instant t)
- le monde actualisé (le monde.fr consultable par un click grâce à un lien)
- le monde en devenir (les dépêches d'agence dans le monde .fr)
c- La spatialité
La reprise pose la question de la localisation des media ou plutôt de leur éparpillement, de leur décentralisation. Une dépêche paraît sur l'écran, à quel espace cette donnée se réfère-t-elle? Du lieu qu'elle "traite" (ex. un cyclone en Martinique) ou du lieu où elle est mise en scène (pour l'internet) ? Avec l'internet, que devient la règle journalistique ("plus c'est loin (géographiquement ET culturellement), moins c'est intéressant pour le public") ?
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